|
Au nombre des objets saisis figurait également « […] « une pendule à carillon, dont le travail fini la rend susceptible d’être considérée comme un monument de l’art ». L’Administration décida, le 1er mars 1796, 11 ventôse an IV, que cette pendule ne serait pas vendue, mais déposée provisoirement dans la salle des séances du département [dans l’actuel Palais grand-ducal], jusqu’à l’établissement du musée ». Un deuxième objet, un poêle en fonte, fut également retiré des ventes et placé dans cette même salle « seul endroit où il puisse être conservé jusqu’à ce qu’il soit établi un museum dans notre département ».
Selon le vœu des dirigeants de Paris, le territoire français devait être couvert d’un réseau de musées mettant les richesses artistiques devenues propriété de la Nation à la disposition de tous les citoyens, dans le cadre de la vie politique et administrative, le département. À l’exception de ceux de la « première classe », les plus précieux, les « monuments des sciences et de l’art » devaient rester dans le département où ils ont été saisis. Or, en France, aucun musée départemental n’a été fondé sous la Révolution de sorte que le musée du Département des Forêts n’a jamais vu le jour.
Toujours est-il que l’horloge placée en 1796 dans la salle des États, a été déposée en 1854 « par ordre du Gouvernement grand-ducal » au Musée de la Société archéologique. Quand, en 1927, cette société donne ses collections en dépôt à l’État, l’horloge vient au Musée national. De nos jours, elle est exposée dans la salle des horloges de la section « Vie luxembourgeoise ». (MNHA no d’inv. : 1854 - SH1).
Cet objet emblématique de l’histoire des musées luxembourgeois est également le chef-d’œuvre d’un artisan. Mesurant 62,5 cm de hauteur, 39,1 cm de largeur et 35,9 cm de profondeur, l’horloge était destinée à être posée sur un piédestal ou sur un meuble. Elle est en laiton, en acier et en argent. De style classique, elle possède un socle en noyer aux angles saillants reposant sur des boules aplaties. Aux coins, quatre colonnes toscanes portent un entablement coiffé de toupies. Les cloches du carillon dépassent la corniche. Les côtés et l’arrière du boîtier sont vitrés. La plaque frontale est à quatre cadrans. Le plus grand est astronomique : au centre se trouve la terre avec la lune qui tourne sur elle-même pour indiquer le jour et la nuit. Viennent ensuite les différentes phases de la lune et les 29 jours du mois lunaire. Vers l’extérieur, on peut lire la position du soleil par rapport aux signes du zodiaque et par rapport aux méridiens ainsi que la position de divers pays, de villes et autres lieux de la terre. Dans le registre du bas, le cadran de gauche marque les jours de la semaine ; celui du milieu, les heures et les minutes et enfin, celui de droite, les jours du mois. Au-dessous de ces cadrans deux petites plaques gravées indiquent le nom de l’auteur de l’horloge : « JEAN RAHIER DU VIL[L]AGE D’OLNE ». À un autre endroit, on peut lire l’insciption « HM 1744 ».
Qui est Jean Rahier? Selon les recherches de M. Richard Jusseret 4 , J. Rahier était reçu domestique à l’abbaye de Saint-Hubert le 26 janvier 1751.
« Nous abbé prieur et Religieux de labbaye de St Hubert en ardenne capitulairement assemble ayans vus la requette a nous presenter de la pare Jean Rahier mre horloger de profession a requis nous plaise le recevoir pour passer le reste de ses jours dans notre abbaye […] nous promettons audt rahier apres son decès d’assurer en corps sa sepulture » […] La suite de la requête nous éclaire sur l’origine de l’horloge : « offrant de surplus une pendulle tres belle son chef d’œuvre comme une faible marque de sa gratitude a laquelle il tachera de suppleer par ses vœux et prières quil ne cessera d’offrir adieu pour la conservation et prospérité de ses bienfaiteurs ». L’horloge n’est donc pas une réalisation pour l’abbé, mais un don fait par Jean Rahier pour remercier par avance ses bienfaiteurs.
|